Je le conduisis par exemple devant l’arbre hivernal qui sert de dortoir aux oiseaux, et j’avais même apporté mes jumelles de théâtre afin qu’il pût, malgré sa myopie, dans les branchages du platane, distinguer les nœuds du bois des boules immobiles formées par les moineaux. Je lui donnai lecture du procès-verbal de la dernière séance du conseil municipal de la bourgade, l’informai de la répartition politique des mandats, de commune en commune, pour ces millions d’habitants du département, je fis briller ma connaissance de l’histoire de la région, depuis l’époque romaine et le Moyen Âge jusqu’à sa libération par la division du général Leclerc en 1944. À Sèvres, il se retrouva avec moi, dans l’église, devant le minuscule escalier en colimaçon du XIIe siècle qui prenait naissance dans le mur bien loin au-dessus de nos têtes — aucun autre escalier, ni même une échelle, ne menait jusque-là — et qui finissait Dieu sait où ; à Ville-d’Avray, je lui fis voir, tandis que le vent donnait des plumes à la surface de l’eau, les étangs que Corot avait peint ; sur le mont Valérien, à Suresnes, nous respirâmes l’air des anciennes cellules de mort de la Gestapo ; à la Défense, nous restâmes ensemble, tandis que soufflait le vent de la nuit, dans la lumière fantomatique de la Grande Arche.
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| — | Peter Handke, Mon année dans la baie de personne |
