Jours venus / Les Âmes, les feux, deux poèmes dans le 7e numéro de la revue d’ici là : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504660/d-ici-l%C3%A0-n-7.
Gris neutre dans la parole
ramasse ma colère en
exorbitant ramage d’un
retour qui n’exige plus
rien qui ne me soit
Donné comme cheval
mené à la longe, soufflant
travers perles qui glissent
aux soies de ses naseaux
en scandale minuscule
Perdu comme l’image propre
prédatrice du dire floué,
relance imprécative d’y vivre
engagé de s’y esseuler
qui tente le raccord
Accueilli comme maladresse
d’y prendre sérieux à la voix
sans bouffonner ce qui nous fit
parlants, partant séparés
de pouvoir se la jouer
Livrant l’origine, généalogique de
nos dires sans réclamer
telle vie de la voix de fond
mention de nos acabits,
catalogue des errances
Nommé pour moi la claque
retape sans spectacle vivant
juste vieille branche de l’entretien
insu, ramené de silence
en réclame d’oubli
J’y vis contre
adossé du désir
jour vers qui se tourner
où sans longer les trottoirs
quel miroir retrouver chez soi
hors la rue, les routes, la pluie
jours d’accueil chez soi où
trouver une place au vent dans
les étagères, placards, l’ordre
renversant besoin de virer les fenêtres
jours de départ sans lien au
retour à saborder ses enclaves
si facilement seul avancer sur
du sable, engoncé et le sol se dérobant
sous les pas manquer la cadence
essayant l’amble pour en sortir
tenter la fenêtre
#avoir
j’ai reçu en partage la capacité idiote de rire de tout et de ne rien laisser me
sourire ; j’y ai gagné des années sur vos ventricules, années grises de tentatives
de tout refaire, années de frai en vos sablières, à dessiller brutalement de la
matière des rêves et du travail politique
perdu la proie, regagnée l’ombre des couches profondes & des sofas
#idiotie
moderne abruti face au monde d’un portrait, n’en voit plus le souffle, n’a pas peur
du beau, en sais quelque chose — de moins
les voiles tissées aux antipodes s’échangent entre potes, on barguigne sur nos
moindres déplacements pour accepter et la couleur et le poids reçus de loin,
estampillés des kilométrages, en cernes doux parmi la poussière
ouais, new york c’était haut, très haut
#mer
couchée la barque
à table des horizons, on voit loin et mal, mais ça circule vite entre nous, qu’un arrêt vienne gripper l’envol nous fera glousser
#vegas
on errait dans les jeux aux questions de savoir, adressées à la poussière de ce qui
avait été vivant avant nos circuits, les nuits de feux en ronds amicaux sur les
plages, les nuits larges du plateau, on se heurtait le front à nos antiennes de
solitude, parées de noms puissants échangés dans les soutes
à de la sauvagerie
#joie
entraver la communication et se parler de haut
se perdre seul
aimer d’abord qui vient au seuil poser ses escabeaux
l’en retenir
#colère
d’avoir chemins parmi les genêts élagués à la lance des ancêtres, de ne pas parler
à mes morts, sur leur route, aussi bien qu’en mon poème, de les chérir, tous,
d’avoir à vivre ces jours sans rien leur en dire, jamais, l’idiotie des hommages
penauds, des marches entre les digues — vert pulvérulent des cris jaunes
comme un i en bord de crique
j’irai à vegas
à tracer la peine prise à la joie à l’amour
#coda
une trouée de soleil lèche des pierres
From the heartbeat of the American soul
Spread out and led astray by cruel children
Exhausted from the burden of old gestures and ancestors,
Fleeing the iron mines up north toward the seventeen castles,
The Jewish electrician father, the minors, the pharisees and girls named
Echo and Story, for real, hanging on the arms of Superstar to be,
Playing on Long Island, decades away from Minnesota, at the back of a bar
Like a bum, easy friendships in the Village,
Home always just around the corner. A single highway, fifty-one,
And all the way to Jesus, even that,
Young old men with their fists raised for God, born again,
Nights of coke and booze, Sixties shamans’ dust,
The White Death that almost took you at twenty-seven.
And back to Nashville, Memphis, Chicago,
Never Ending Tour,
Old six-string heart,
Your dead on the road, Bob.
(Traduction Laurent Sauerwein - @larrysa)
phrase étire les chausses du troubadour, en fait
le héros d’une complicité culturelle fatiguée où s’équivalent
sans fin, la fuite, la révolte, les fils des fils, privés
d’
longue astreinte à produire du bruit
réveiller l’effondrement du silence
demande d u t r a v a i l du
temps perdu longtempsàécouter ce
qui se disait de nous d’un crissement sans
viole, au long court, riff
d’en attendre l’âme comme des ados
pendus étions aux doigts du magicien
relance un vieux fonds d’accords controuvés
des champs, des docks, des villes,
avec la brume du travail comme carrefours à chaque
matin encore
musique à mes morts, messieurs, à gratter la terre
un matin encore
à vivre des champs, des docks, des villes, la
nostalgie qui nous veut bouger, encore
core
nous bougera la vielle, la viole, l’encore, continue
vieille ligne de basse à nos retours
pas fiers
en relance
Près la rivière assoiffés
coulures d’années, assis
revis
passer
corps à corps, des années
passées
à voir
couler des filets d’essence irisés
au bord
de l’eau, ô flux
des ans armés les autres, ennemis
vidés des gens les feux des villages
à perdre
la source
du sens l’amont annoncé voici
longtemps des âmes divisées
d’avoir
face
brûlée
au
foyer
pattes des ciseaux de la joyeuse folie
dans l’industriel du vieux hall
au bord du fleuve d’une ville ripolinant
sa modernité en tape à l’œil
tes huit pattes et cet abdomen soudain
légers, de ton âge, ta générosité,
et cette exquise façon d’envoyer se faire foutre
tout plan tracé à la cote, à la notoriété,
l’appartement de New York ouvert
salon à l’ancienne où seul pertinence
comptait, cette générosité dure
au milieu du bazar Tate en bord Tamise
nous on regardait ta danse, du Globe pas loin
mother tu tutoyais Shakespeare

(Photo : Fernando Pascullo / http://tinyurl.com/3xcnfap)
Pointe et retour sur la caisse du cœur de l’Amérique
Déployé et dévoyé aux destins des cruels enfants
Employé du vide surmené d’y ramener la vieille geste, les aïeux,
Fuite errante depuis les mines de fer, du nord vers les dix-sept châteaux,
L’électricien juif le père, les mineurs, les pharisiens et des filles nommées
Echo & Story, pour de vrai, au bras de celui qu’on hallucinera,
Jouant, Long Island, des décennies depuis le Minnesota, au fond du bar
En clochard, Village, dans les amitiés sans détours,
Les patries immédiates, l’autoroute unitaire, cinquante et un,
Jusqu’au Christ aussi bien possible,
Jeunes vieillards poing levé pour le retour à Dieu, nouveaux nés
Des nuits coke, des nuits gnôle, des shamans sixties la poussière,
La mort empourprée à vingt-sept ans qui t’épargna. Et le retour,
À Nashville, Memphis, Chicago, vieux cœur caisse à six cordes,
La tournée qui ne finira
Tes morts sur la route, Bob.
l’amour est dur
qui vraiment se regarde
pour ce qu’il est
de s’accorder tant de douceur
à réinventer du jeu au départ des pays tristes
ce qu’on jetterait au froid,
ce qui reviendrait sans décision
ça dépend des étés
passé la frontière on oublierait rien de la joie mais
c’était si documentaire
soudain juste ma vie sans plus
perdu dans la marche ce qui, si doux,
permet tant de violence à
l’abandon
Au jardin j’attendrai le crépuscule
subtile tranchée
sur les portes des palais
sur les vies, les marches, les vrilles
tout ce que j’attendrai qui
ne s’est pas dit de toi
qui ne se dit qu’à la mémoire
ne parle pas ailleurs qu’au jardin
Après chaque ourlet, tu pourras
après tes collets, tes marches, tes vrilles
ton palais sans porte, demeure
au crépuscule, caché, à mon pouls
tes marches, tes vrilles, tes vies
mon envie de ton dédain, ma
soif à ta porte
te garder à moi haute fusée
C’est d’avoir ricané à tant de choses
serré encore des idées les avoir caressées
vidé d’elles
sont la farine des choses élues d’une phrase
non démentie
nos assomptions à la règle au souffle
L’AIR
c’est se proposer à la récidive
retour des pays chauds
c’est foutre bas l’éternité grise
la mer au rapport
c’est l’amble pour mes mots
c’est la forme serrée au détour
échappée molle du vil
c’est un peu la lumière
l’air ne sert plus l’art
les envolées, basses, cymbales
c’est l’archet en reste
c’est court et tant mieux
pas trop chez moi, chez toi
l’ambivalence a d’autres animateurs
Procurés hier
au fil du jardin
EST COURT
La veille comme ailleurs
poste ipso la détresse
aux joies singulières
Un jour vivant du rire plein
célébrant le vide aux éclats
d’une finitude aimée enfin
Déclasse l’outrage aux dieux
en frivolettes scansions
je vous y ai vu dédié
Hors le vif saisi rien n’y renvoie
nos brigades de prières
depuis le Portique
S’enlacent à l’œil
sur une question
mais que fait Dieu dans nos corps ?
nuit : long blanc sans trace autre
noire : au repos du terme
proposé
longue : seule candidate à durer
le silence est immobile
ou rugit
pour qui c’est un peu la voir encore
déjà
une fois et une autre mais m’attire
dire ce qui dure en elle m’envole
pas osé
nuire à toute attitude posée là
j’escaladerai oui la nuit les dires
