love&rockets

Fév 18

“Je n’ai pu citer le texte de la traduction très libre de Jean Dutourd. Voici de toute façon le texte américain : « I am a tired old man. But I have killed this fish which is my brother and now I must do the slave work » et « There is very much slave work to be done now that the fight is over. » Dans leur ensemble, les libertés prises par le traducteur sur l’original me semblent malheureusement en changer l’intention. Dutourd prête d’un bout à l’autre au vieil homme un langage teinté d’argot, Hemingway lui prête au contraire une sorte de simplicité biblique, pleine de dignité.” — Georges Bataille, Hemingway à la lumière de Hegel, in Œuvres complètes, tome XII, p. 253 (éditions, humpf, Gallimard)

“Tandis que je rédige ce chapitre, j’apprends par la radio que Jean Dutourd est élu à l’Académie française. C’est dans l’ordre des choses. Avec cette seule différence que, jusqu’à présent, depuis longtemps et à de rares exceptions près, l’Académie n’élisait que l’imbécile intégral. Aujourd’hui, elle s’avise d’accueillir en une même personne le truqueur intégral, qui, pour obtenir ses suffrages, a pris pendant des années le masque du taré. Jadis, il passait pour savoir l’anglais et traduisait Hemingway. Résultat, Georges Bataille, commentant _Le Vieil homme et la mer_ dans un article de la revue Critique, fut obligé de citer le texte original et sa propre traduction, non sans signaler dans une note l’indigence et les fautes de grammaire (française) de l’approximative version signée Dutourd.” — Éric Losfeld, Endetté comme une mule

Fév 17

Le Vieil homme et la mer, Ernest Hemingway - Trad. François Bon | parce que

parce que Gallimard a beau rétropédaler pour faire dégonfler le bad buzz, en expliquant que le droit est de leur côté et qu’ils n’auraient pas demandé les fameux dédommagements pour les vingt-deux exemplaires vendus par publie.net, ils le font froidement, en pointant que la réaction de François Bon serait passionnelle et la leur rationnelle — et qu’à ce compte, d’avoir ces réflexes d’épicier, ils choisissent d’être marchands de soupe plus qu’éditeurs ;

parce que Gallimard expliquant désormais être engagé par les accords passés avec les héritiers d’Hemingway, se serait tenu à la hauteur d’un éditeur en commençant par lire la traduction proposée par François Bon, puis en lui parlant directement d’un éventuel problème de droits, sans doute aucun négociable, plutôt qu’en adressant un message comminatoire à ses diffuseurs ;

parce que si le seul problème était vraiment une exclusivité de commercialisation de toute traduction de cette œuvre, je ne doute pas que publie.net en aurait proposé l’accès gratuit ;

parce que la traduction de Jean Dutourd est bâclée, que Gallimard doit bien le savoir qui publia naguère ce qu’en pensait Georges Bataille, pas tendre avec le maquillage de sous-série noire infligé à une langue plus inspirée par la simplicité biblique que par la gouaille bien de chez nous (une sorte d’Hemingway « à la française », puisque c’est une vieille passion incompréhensible de ce pays de désirer pour toute chose sa version « à la française ») ;

parce qu’il faut lire la nouvelle traduction de François Bon pour ce qu’elle est : libération d’un classique de la poussière d’une version bancale, travail à nouveaux frais d’un écrivain sur ce texte qui était vivant pour Bataille, pour Calvino et bien d’autres — et beaucoup moins semble-t-il pour son éditeur…

parce qu’abonné à publie.net, j’ai lu cette nouvelle traduction avant que Gallimard n’intervienne, et parce que j’aime bien prêter mes bouquins, je mets ici à disposition de mes amis de passage, et tant qu’aucune demande de retrait assortie d’avocaillerie ne m’est adressée, mon fichier, issu de mon abonnement, tagué à mon nom, du Vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway et leur souhaite une bonne lecture :

http://dl.dropbox.com/u/13263683/Hemingway_LeVieilHommeEtLaMer.epub

Jan 06

Main

Nolwenn Euzen | Les arrachés

Pour les vases communicants de janvier, j’ai le plaisir d’accueillir ici Nolwenn Euzen et de publier sur son blog. Bibliothécaire et auteur de poésie, Nolwenn a publié deux livres, Présente (Le dé bleu, 2007) et La Fonction minuscule (in Triages, Tarabuste, 2009).
Sous l’exergue d’une injonction de Michaux, Ne désespérez jamais. Faites infusez davantage, elle explore avec une ironie généreuse des pistes pour une bibliothèque idéale (à l’usage de ceux qui ne savent pas se divertir), les arrêts d’un catéchisme de la colère ou les conseils de maman (à l’usage de tout un chacun tant qu’il ne souhaite pas épouser Michel Houellebecq).

Nolwenn Euzen | Les arrachés



Place cogne.

Capté, retenu. Fouillé.


Accroché à. Permet que je le suive
De le rejoindre maintenant.




Avec de la douceur. Il s’épanouirait.
Mais où ?


En son. Où on.
Pas là.


Ni vu ni entendu.
Rien jamais ne.


Il n’y a aucune.
Mais quelque chose qu’il.

Si jamais un peu de.
Pas de. Ni de.
Rien d’autre que.

Enrobé dans.
Qui pourrait s’introduire.


Ils peuvent. Ils ne.



Ici pourrait.
C’est vraiment.


Le qui les.
Ne se.



Se. Par. 
Et se.

 

C’est trop.
Pour qu’on.




Si pourtant c’est.
On se.

Et devant qui.


Rien de.
Que ce.

A cette.




Vous les.
Si bien.

C’est chez vous que.
Tout ce.


Tiens c’est qu’on ne. Et bien.

Ca ne.


Il n’y a qu’à.
N’est-ce pas ?

Sans qu’on.



Où ne cesse de.


Ce qui.
On le.





Ils peuvent.
Ils ne.


On dirait que tous ces. Qui se.
Que tout se qui se.



Rien de plus.
On.

Où l’on ne.


Déc 31

d’ici là, n°8 « La forme d’une ville, hélas ! change plus vite que le cœur d’un mortel » : http://j.mp/tIDReW

Nov 26

« On se demande par quelle aberration les grandes bibliothèques publiques sont fermées la nuit. » Duras | lire | http://tinyurl.com/7ge3sq2

Nov 25

Chiens

Nov 03

sucreries

pour les vases communicants de novembre, love&rockets accueille l’homme sans réseaux :

Se cacher en enfance, en enfer, enfin ranger les cannes à pêche et monter sur le J7 et foutre le feu au pré et courser les moutons et sauter dans le puits les deux pieds en avant – foncer sur le bon vieux discours sympa ta montre et décapsuler les cercueils des dieux fanatiques blancs qui dorlotent l’artiste moi mon prochain projet tûûû vois il y a dans Paris trois ou quatre tueurs de douze ans – profil : air max – chapeau de paille – marcel troué – engelures d’yeux, armés d’un bouquet d’ortie qu’ils plantent en gorge – l’artiste meurt de rugosité du réel rural asphyxiante et sa mère vient le chercher en chouinant qu’il n’a rien fait de mal mais c’est toujours de cela qu’on meurt arrête de faire l’étonnée et va ranger ton foutoir de vieux monde riche intelligent aimable et bon qui part en sucettes pour tueurs de douze ans

Jui 26

d’ici là 7

Jours venus / Les Âmes, les feux, deux poèmes dans le 7e numéro de la revue d’ici là : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504660/d-ici-l%C3%A0-n-7.

mai 06

La Défense à distance #3

La Défense à distance, galerie 2

mai 04

“Je le conduisis par exemple devant l’arbre hivernal qui sert de dortoir aux oiseaux, et j’avais même apporté mes jumelles de théâtre afin qu’il pût, malgré sa myopie, dans les branchages du platane, distinguer les nœuds du bois des boules immobiles formées par les moineaux. Je lui donnai lecture du procès-verbal de la dernière séance du conseil municipal de la bourgade, l’informai de la répartition politique des mandats, de commune en commune, pour ces millions d’habitants du département, je fis briller ma connaissance de l’histoire de la région, depuis l’époque romaine et le Moyen Âge jusqu’à sa libération par la division du général Leclerc en 1944. À Sèvres, il se retrouva avec moi, dans l’église, devant le minuscule escalier en colimaçon du XIIe siècle qui prenait naissance dans le mur bien loin au-dessus de nos têtes — aucun autre escalier, ni même une échelle, ne menait jusque-là — et qui finissait Dieu sait où ; à Ville-d’Avray, je lui fis voir, tandis que le vent donnait des plumes à la surface de l’eau, les étangs que Corot avait peint ; sur le mont Valérien, à Suresnes, nous respirâmes l’air des anciennes cellules de mort de la Gestapo ; à la Défense, nous restâmes ensemble, tandis que soufflait le vent de la nuit, dans la lumière fantomatique de la Grande Arche.” — Peter Handke, Mon année dans la baie de personne

La Défense à distance #2

mai 03

La Défense à distance, galerie 1 (non FB)