love&rockets
Nolwenn Euzen | Les arrachés

Pour les vases communicants de janvier, j’ai le plaisir d’accueillir ici Nolwenn Euzen et de publier sur son blog. Bibliothécaire et auteur de poésie, Nolwenn a publié deux livres, Présente (Le dé bleu, 2007) et La Fonction minuscule (in Triages, Tarabuste, 2009).
Sous l’exergue d’une injonction de Michaux, Ne désespérez jamais. Faites infusez davantage, elle explore avec une ironie généreuse des pistes pour une bibliothèque idéale (à l’usage de ceux qui ne savent pas se divertir), les arrêts d’un catéchisme de la colère ou les conseils de maman (à l’usage de tout un chacun tant qu’il ne souhaite pas épouser Michel Houellebecq).

Nolwenn Euzen | Les arrachés



Place cogne.

Capté, retenu. Fouillé.


Accroché à. Permet que je le suive
De le rejoindre maintenant.




Avec de la douceur. Il s’épanouirait.
Mais où ?


En son. Où on.
Pas là.


Ni vu ni entendu.
Rien jamais ne.


Il n’y a aucune.
Mais quelque chose qu’il.

Si jamais un peu de.
Pas de. Ni de.
Rien d’autre que.

Enrobé dans.
Qui pourrait s’introduire.


Ils peuvent. Ils ne.



Ici pourrait.
C’est vraiment.


Le qui les.
Ne se.



Se. Par. 
Et se.

 

C’est trop.
Pour qu’on.




Si pourtant c’est.
On se.

Et devant qui.


Rien de.
Que ce.

A cette.




Vous les.
Si bien.

C’est chez vous que.
Tout ce.


Tiens c’est qu’on ne. Et bien.

Ca ne.


Il n’y a qu’à.
N’est-ce pas ?

Sans qu’on.



Où ne cesse de.


Ce qui.
On le.





Ils peuvent.
Ils ne.


On dirait que tous ces. Qui se.
Que tout se qui se.



Rien de plus.
On.

Où l’on ne.


d’ici là, n°8 « La forme d’une ville, hélas ! change plus vite que le cœur d’un mortel » : http://j.mp/tIDReW

« On se demande par quelle aberration les grandes bibliothèques publiques sont fermées la nuit. » Duras | lire | http://tinyurl.com/7ge3sq2

sucreries

pour les vases communicants de novembre, love&rockets accueille l’homme sans réseaux :

Se cacher en enfance, en enfer, enfin ranger les cannes à pêche et monter sur le J7 et foutre le feu au pré et courser les moutons et sauter dans le puits les deux pieds en avant – foncer sur le bon vieux discours sympa ta montre et décapsuler les cercueils des dieux fanatiques blancs qui dorlotent l’artiste moi mon prochain projet tûûû vois il y a dans Paris trois ou quatre tueurs de douze ans – profil : air max – chapeau de paille – marcel troué – engelures d’yeux, armés d’un bouquet d’ortie qu’ils plantent en gorge – l’artiste meurt de rugosité du réel rural asphyxiante et sa mère vient le chercher en chouinant qu’il n’a rien fait de mal mais c’est toujours de cela qu’on meurt arrête de faire l’étonnée et va ranger ton foutoir de vieux monde riche intelligent aimable et bon qui part en sucettes pour tueurs de douze ans

d’ici là 7

Jours venus / Les Âmes, les feux, deux poèmes dans le 7e numéro de la revue d’ici là : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504660/d-ici-l%C3%A0-n-7.

Je le conduisis par exemple devant l’arbre hivernal qui sert de dortoir aux oiseaux, et j’avais même apporté mes jumelles de théâtre afin qu’il pût, malgré sa myopie, dans les branchages du platane, distinguer les nœuds du bois des boules immobiles formées par les moineaux. Je lui donnai lecture du procès-verbal de la dernière séance du conseil municipal de la bourgade, l’informai de la répartition politique des mandats, de commune en commune, pour ces millions d’habitants du département, je fis briller ma connaissance de l’histoire de la région, depuis l’époque romaine et le Moyen Âge jusqu’à sa libération par la division du général Leclerc en 1944. À Sèvres, il se retrouva avec moi, dans l’église, devant le minuscule escalier en colimaçon du XIIe siècle qui prenait naissance dans le mur bien loin au-dessus de nos têtes — aucun autre escalier, ni même une échelle, ne menait jusque-là — et qui finissait Dieu sait où ; à Ville-d’Avray, je lui fis voir, tandis que le vent donnait des plumes à la surface de l’eau, les étangs que Corot avait peint ; sur le mont Valérien, à Suresnes, nous respirâmes l’air des anciennes cellules de mort de la Gestapo ; à la Défense, nous restâmes ensemble, tandis que soufflait le vent de la nuit, dans la lumière fantomatique de la Grande Arche.
Peter Handke, Mon année dans la baie de personne
Parlé

Gris neutre dans la parole
ramasse ma colère en
exorbitant ramage d’un
retour qui n’exige plus
rien qui ne me soit

Donné comme cheval
mené à la longe, soufflant
travers perles qui glissent
aux soies de ses naseaux
en scandale minuscule

Perdu comme l’image propre
prédatrice du dire floué,
relance imprécative d’y vivre
engagé de s’y esseuler
qui tente le raccord

Accueilli comme maladresse
d’y prendre sérieux à la voix
sans bouffonner ce qui nous fit
parlants, partant séparés
de pouvoir se la jouer

Livrant l’origine, généalogique de
nos dires sans réclamer
telle vie de la voix de fond
mention de nos acabits,
catalogue des errances

Nommé pour moi la claque
retape sans spectacle vivant
juste vieille branche de l’entretien
insu, ramené de silence
en réclame d’oubli

J’y vis contre
adossé du désir